jeudi 28 novembre 2019

Amateurs en sciences... psychiques

Le 14 janvier 2020, j'interviens dans la ville du Mans pour la Journée d’étude « Amateurs et professionnels dans les sciences : définition et redéfinition des identités et des frontières (années 1850 – années 1950) ». Le programme peut être trouvé ici : https://ams.hypotheses.org/679
A noter que Florent Sérina interviendra au sujet de Robert Desoille.

Amateurs en sciences (France, 1850-1950) : une histoire par en bas
Titre et résumé de mon intervention :
« De quelques amateurs de psychologie et de sciences psychiques : fondation et brève existence de l’Institut général psychologique (1899-1937) »
La naissance de la psychologie en France au tournant du XXe siècle est marquée par l'intérêt populaire et scientifique pour le "merveilleux psychique" (Plas, 2000). Dans ce cadre, quelques étapes-clefs semblent avoir impliqués des chercheurs "amateurs", conscients de faire excursion hors de leurs champs de compétence originels, ou désignés comme tels rétrospectivement. Ainsi, le botaniste et médecin Timothée Puel fonda en 1874 la première Revue de psychologie expérimentale au monde, en tentant vainement de fédérer d'autres amateurs des "sciences psychiques" (Evrard & Pratte, 2017). Le physiologiste Charles Richet se situa également à l'intersection de l'hypnose, de la psychologie générale et des sciences psychiques (Evrard, Gumpper, Beauvais, Alvarado, sous presse), trois domaines où ses contributions furent parfois pionnières, tout en étant qualifié rétrospectivement d'"amateur doué" en matière de psychologie (Carroy, 1993), à côté de "professionnels" tels que Janet et Binet (Plas, 2000). Sous l'impulsion de l'ophtalmologue Xavier Dariex, Richet accepta de fonder les Annales des sciences psychiques en 1891 (Alvarado & Evrard, 2012), revue construite de façon à transcender les spécialisations disciplinaires et à démocratiser ce domaine (Lachapelle, 2011), conviant chacun à témoigner de phénomènes merveilleux. Richet poursuivit son entreprise d’institutionnalisation de ce courant qu’il décrivait comme « l’avenir de la psychologie ». Le point d’orgue fut la création, en 1900, de l'Institut général psychologique, une institution de la psychologie en marge de l'académie et dans laquelle se posa de façon régulière la question de l'amateurisme, dans le même temps que se rigidifiaient les frontières de la psychologie (Brower, 2010). Dans ce contexte, les questions d'expertise et d'amateurisme semblent partie prenante des débats, avec un travail de démarcation prolongée jusque dans celui des historiens de la psychologie. Les démarcations alors établies ne portaient pas seulement sur le degré d'acceptation de la psychologie dans la communauté scientifique, mais également à différents niveaux intradisciplinaires : entre la psychologie et la "parapsychologie" ; entre la parapsychologie et différents courants voisins (spiritisme, occultisme, théosophie, illusionnisme) ; et entre les parapsychologues "académiques" et les "amateurs". Cet institut connaîtra plusieurs divisions successives tout en maintenant une activité originale jusque dans les années 1930, où ses finances furent finalement détournées vers la recherche microbiologique.


samedi 26 octobre 2019

Président de la Parapsychological Association

J'ai été élu président de la Parapsychological Association (PA) pour 2019-2021.
Cette organisation est le corps professionnel des chercheurs en parapsychologie. Il réunit quelques centaines de chercheurs et d'étudiants, selon une modalité de cooptation typique des sociétés scientifiques. Créée en 1957, elle a intégré l'American Association for Advancement of Sciences en 1969.
Après Mario Varvoglis en 2002, c'est la deuxième fois qu'un français devient président de la PA. En revanche, il est très habituel que le président soit un psychologue. Et je suis même loin d'être le plus jeune président que l'association ait connue !
Si vous avez des suggestions sur ce que vous pourriez attendre d'une telle organisation, je suis preneur de toutes les bonnes idées !
Cela doit faire une dizaine d'années que je suis membre de la PA. J'ai participé à la vie institutionnelle en tant que représentant des étudiants en 2010, puis membre du comité directeur depuis 2014 (et également secrétaire). Je co-dirige également Mindfield, le bulletin de la PA, depuis 2018. 
La PA organise un congrès annuel : le précédent était à Paris en juillet 2019, à l'occasion du centenaire de l'IMI. Plusieurs des vidéos des exposés faits au congrès sont disponibles en ligne, avec des accès privilégiés pour les membres. 
La PA soutient également la publication du Journal of Parapsychology, le journal de référence depuis 1937.

Nouveau livre sur la sociologie anomalistique et manifestations à venir

Sous la co-direction du sociologue canadien Eric Ouellet, nous avons publié cet été 2019 :


Evrard, R., Ouellet, E. (2019, dir.). Vers une sociologie anomalistique : le paranormal au regard des sciences sociales. Nancy : Presses Univeristaires de Nancy / Editions universitaires de Lorraine.


Il a fallu cinq longues années, depuis la porte ouverte par Georges Bertin dans la revue Esprit critique, pour que ce dossier sur le paranormal, concocté par des sociologues et des psychologues venus d'Allemagne, de Belgique, des Etats-Unis, du Canada et de France, se matérialise. Grand merci à Karolina Halatek pour la couverture, issu de son oeuvre Terminal

Le livre peut être commandé ici pour 14€.
Sommaire : 
Renaud Evrard et Éric Ouellet – Introduction
Chapitre 1
Gerd H. Hövelmann – Anomalistique : histoire et fondement scientifique ;
Chapitre 2
Michael T. Schetsche, Ina Schmied-Knittel, Andreas Anton – Exigences méthodologiques pour une sociologie anomalistique ;
Chapitre 3
George P. Hansen – Les forces sociales à l'œuvre en parapsychologie ;
Chapitre 4
Pierre Lagrange – Pourquoi les sociologues qui étudient le paranormal sont-ils incapables de faire de la sociologie ? Les différentes façons de (ne pas) faire de la sociologie du paranormal ;
Chapitre 5
Déborah Kessler-Bilthauer – Expériences anomales en contexte magique : le cas des clients des guérisseurs lorrains ;
Chapitre 6
David C. Vaidis – Quelques limites à l'interprétation de dissonance cognitive aux phénomènes anomaux : scientificité et résistance au changement ;
Chapitre 7
Renaud Evrard – Le choix du para-normal : expériences exceptionnelles et mouvements de réappropriation ;
Chapitre 8
Eric Ouellet – La sociologie à l'intersection de la parapsychologie : les apparitions d’el-Zeitoun ;
Chapitre 9
Jean-Michel Abrassart – Expliquer les vagues d’ovni dans le cadre du modèle socio-psychologique ;
Chapitre 10
Georges Bertin – Avalon de l’Esprit ;
Chapitre 11
Andrew Burns – Prenez garde à la Grande tromperie : religion, extrémisme politique et bataille des
croyances anomalistiques sur Facebook.
Contributeurs

Manifestations

Je vais présenter cet ouvrage, dans des cadres variés, qui me permettront de déployer quelques unes des questions auxquelles il tente de répondre.

Lundi 18 novembre, Nancy, Campus lettres et sciences humaines, studothèque Athéna, 17h-19h : Paranormal et sociétés : que nous apprend la sociologie anomalistique ?

Renaud Evrard, psychologue et maître de conférences HDR, viendra présenter l'ouvrage collectif qu'il a co-dirigé avec le sociologue canadien Eric Ouellet : Vers une sociologie anomalistique : le paranormal au regard des sciences sociales (Editions PUN / Edulor, 2019), dont le point de départ est ce constat indéniable d'une présence importante des croyances et des expériences paranormales dans toutes les sociétés. L'intérêt scientifique pour ces questions nourrit les disciplines de la parapsychologie ainsi que la psychologie anomalistique ou psychologie des anomalies. Mais comment penser le paranormal lorsqu'il prend une dimension collective, comme dans les apparitions vues par plusieurs personnes, les vagues d'ovni, les lieux sacrés, les réseaux de désensorceleurs, ou encore les groupes d'individus se réunissant autour des mêmes expériences exceptionnelles ? La sociologie et la psychologie sociale ont éprouvé certaines difficultés épistémologiques et méthodologiques pour appréhender ce sujet, qui semble à certains moins légitime que d'autres. Cet ouvrage regroupe les contributions de spécialistes internationaux pour parvenir à éclairer ce domaine complexe et fascinant.
Mardi 19 novembre, Nancy, IUT Charlemagne, 20h30-22h15 : Paranormal et sociétés : les paradoxes français

Mardi 10 décembre, Nancy : Interview sur Radio Caraïbes Nancy, émission "Viser la lune" (16h-17h30) 

Samedi 14 décembre, Paris, Institut métapsychique international, 51 rue de l'Aqueduc, 19h30-21h30 : Paranormal et sociétés : les paradoxes français

Que se passerait-il si l'on vivait dans une société où la télépathie était reconnue pour son utilité, où les fantômes étaient des conseillers familiers, où l'approche scientifique du paranormal était même enseignée à l'université ? On sous-estime fréquemment la part de la culture dans ce qui est désigné sous le vocable "paranormal". D'un pays à l'autre, ses frontières se déplacent. Mais au-delà de ce relativisme contextuel, le paranormal semble aussi moteur de "sous-cultures", de bricolages entre traditions et innovations, notamment dans le soi-disant "pays de Descartes". Question marginale voire taboue, cette "forme du sacré en transit" (Kripal, 2010) a néanmoins été l'objet de plusieurs études sociologiques. Celles-ci paraissent inévitables tant les expériences et les croyances paranormales sont partagées par un grand nombre d'individus. Dans l'ouvrage que j'ai co-dirigé avec Eric Ouellet, Vers une sociologie anomalistique : le paranormal au regard des sciences sociales (Presses Universitaires de Nancy / Edulor, 2019), nous avons rassemblé des contributions originales de chercheurs allemands, américains, belges, canadiens et français pour poser les bases, mais aussi donner des illustrations concrètes, d'une étude élargie du paranormal.